P, comme petit chiot


Photo by Caleb Fisher on Unsplash


L’histoire du Petit Chiot restituée ici par Tom Carlson a déjà fait un long chemin. Elle est passée de la bouche de David Epston à celle de Jill Freedman avant d’arriver dans celle de Tom. C’est dans le cadre d’une formation aux approches narratives suivie au sein de la Fabrique Narrative que je l’ai, pour ma part, entendue pour la première fois. Et c’est en travaillant avec mes collègues sur ce blog que m’est venue l’idée de m’en faire également le passeur.

Toutes les personnes évoquées ci-dessus sont des praticiens narratifs et David Epston, Néozélandais, est l’inventeur avec Mickael White, australien mort en 2008, de cette approche qu’ils ont tous deux élaborée il y a plus d’une trentaine d’années en travaillant auprès de personnes issues des communautés aborigènes aux identités particulièrement abîmées.  

Cette approche postule que les histoires que nous racontons sur notre vie peuvent soit nous limiter, nous enfermer, soit nous libérer, et qu’il existe toujours une multiplicité de significations possibles pour rendre compte d’un évènement, d’une situation. 

Si vous souhaitez en savoir plus sur les approches narratives, n’hésitez pas à consulter le site et le blog de la Fabrique Narrative https://www.lafabriquenarrative.org/

Sébastien Weill


Il y a quelques années David Epston a raconté cette histoire alors qu’il animait un atelier dans notre centre et cette histoire m’a vraiment marqué, c’est une histoire que je raconte souvent et à laquelle je pense souvent.

Au moment où David en parlait, il travaillait énormément avec de jeunes gens qui avaient des problèmes médicaux.

Il a eu ce coup de fil d’une mère qui disait « Mon fils est hospitalisé et vous m’avez été recommandé. » Je ne me souviens plus quel était le problème médical de l’enfant, mais ce problème avait entre autres pour conséquence de l’empêcher de garder ce qu’il avalait. La prise de nourriture provoquait des vomissements immédiats.

Au moment où la mère a contacté David, le problème était résolu médicalement. Mais comme vous pouvez l’imaginer, le gamin ne mangeait plus. Même si médicalement il était ok, et bien qu’il n’y ait plus de raison physiologique à cela, à chaque fois qu’il mangeait, il vomissait. Du coup, il refusait de manger.

Le fait de ne pas manger mettait la santé du petit garçon en danger, donc on le gardait à l’hôpital. On s’inquiétait. Donc la maman demanda à David s’il pouvait venir parler à son fils.

David accepta. Il vint à l’hôpital. Très rapidement après avoir fait connaissance, il apprit que le petit garçon avait un petit chiot récemment arrivé qui l’attendait à la maison, on le lui avait offert peu de temps avant son hospitalisation.

Lorque David appris cela, il demanda, « Tu crois aux coups de foudre, toi ? » En voyant le gamin intrigué, il commença à poser une série de questions comme : « Est-ce que tu es tombé amoureux de ton petit chiot dès que tu l’as vu ? Qu’estce qui dans ce petit chiot t’a fait tomber amoureux ? »

« Penses-tu que ton petit chiot est tombé amoureux de toi au premier regard ? Qu’est-ce qui, à ton sujet, a permis qu’il tombe amoureux de toi ? »

« Tu crois qu’il t’attend pendant que tu es ici ? Estce que c’est une attente différente de celle qu’il subit lorsqu’il attend ton retour de l’école à la maison tous les jours ? Penses-tu qu’il se soit installé à un endroit en particulier pour t’attendre ? »

« Quels genres d’aventures penses-tu que vous allez partager ensemble ? Est-ce que vous aurez des endroits préférés ou est-ce que vous irez à la découverte de nouveaux endroits où aller ensemble ? »

David continua à intéresser le petit garçon avec ce type de questions.

Après une heure il dit, « C’était un plaisir de parler avec toi. Ça m’a vraiment plu. »

Et il s’apprêta à partir.

La mère le suivit jusqu’au hall de l’hôpital, et lui cria, « Attendez donc, là ! Vous n’avez rien fait ! Vous ne lui avez même pas parlé du problème. »

David répondit, « J’ai fait ce que j’ai pensé être le plus utile. » La mère était manifestement en colère envers lui.

Cependant David rentra chez lui et reçut un appel de sa part deux jours plus tard. Elle dit, « Je ne comprends pas. Le repas suivant, mon fils a mangé et a réussi à garder son repas. Il est sorti de l’hôpital. Il va bien. Qu’avez-vous fait ? »

Du coup David a raconté cette histoire dans notre centre. Puis suivit un long silence dans la pièce. Puis finalement quelqu’un demanda, « Qu’auriez-vous fait s’il n’y avait pas eu de chiot ? »

C’est alors que j’entendis des mots que je n’oublierai jamais…

David sourit et dit, « on peut toujours trouver un petit chiot. »

Ce fut comme si ces mots avaient sauté directement dans mon cœur. Ils y ont trouvé leur foyer depuis. Croire qu’« on peut toujours trouver un petit chiot », croire qu’il y a toujours de l’espoir même -et pas seulement- dans les moments les plus sombres, a littéralement sauvé la vie de beaucoup de personnes avec qui j’ai travaillé au fil des ans.


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